Anniversaires

400ème anniversaire d’Avenir et Santé

En janvier 2012 était édité le 400ème numéro du magazine Avenir et Santé créé par la Fédération Nationale des Infirmiers en 1955 sous l’appellation originale « La Revue de l’Infirmerie », le titre contemporain d’Avenir et Santé n’étant apparu qu’en 1979. Cet anniversaire fut célébré par l’édition d’un numéro « collector » et l’organisation d’une soirée qui s’est tenue à Paris le 7 décembre 2011 en marge du 58ème congrès de la Fédération. Cet événement fut l’occasion de balayer l’histoire du magazine et avec elle, celle de la profession infirmière et de la structuration de son exercice libéral. La soirée de célébration qui s’est déroulée dans le salon des miroirs, au cœur du passage Jouffroy qui jouxte le Musée Grévin (Paris), avait pour point d’orgue un spectacle mis en scène et interprété par la comédienne Noémie Dujardin, ancienne élève du Conservatoire, à partir de l’histoire du magazine.
En effet, lieu de mémoire et de transmission, ce magazine fut le témoin de l’émancipation d’une profession qui, au fil d’étapes progressives, a su conquérir une autonomie, un rôle propre, construire une identité professionnelle et obtenir la reconnaissance d’un véritable statut récemment illustré par le droit de prescription.
Bien plus qu’un outil d’information, ce magazine a toujours eu pour vocation d’être un support d’évolution de cette profession. Toute l’histoire de ces cinquante dernières années est marquée par l’affranchissement d’une profession qui tente de faire oublier l’héritage des bonnes sœurs dans lequel l’infirmière est encore vue comme une sainte laïque.
Il faudra attendre la fin des années 1970 et le début des années 1980 pour que se profilent de véritables changements dans la condition faite aux infirmières. Ainsi, ce n’est qu’à la fin des années 1970 que l’on va vraiment parler du rôle propre de l’infirmière. La loi du 1er juin 1978 stipule ainsi : « Est considérée comme exerçant la profession d’infirmière ou d’infirmier toute personne qui, en fonction des diplômes qui l’y habilitent, donne habituellement des soins infirmiers sur prescription ou conseil médical ou bien en application du rôle propre qui lui est dévolu. (…) En outre l’infirmière ou l’infirmier participe à différentes actions, notamment en matière de prévention, d’éducation de la santé et de formation ou d’encadrement ».

Avec les années 1980 viennent d’importants mouvements de contestation qui vont crescendo. En 1988, 100.000 « blouses blanches » battent le pavé en revendiquant une revalorisation de leur salaire et une reconnaissance de leur statut.  Elles scandent haut et fort un slogan aujourd’hui entré dans l’histoire « ni nonnes, ni bonnes, ni connes », tournant définitivement la page de l’infirmière bonne sœur pour celle de l’infirmière experte, libérée dans sa parole et dégagée du joug médical. Cette mobilisation sans précédent ne fut pas étrangère à la publication, début des années 1990, du décret de compétences qui déclinera concrètement dans la pratique infirmière toute l’étendue du rôle propre et des missions infirmières telles qu’elles étaient, dès les années 1940, édictées dans les pays anglo-saxons.

Tout au long de la rétrospective Avenir et Santé réalisée depuis les années 1955, nous sommes interpellés par la modernité des propos tenus. Quantité de textes écrits dans les années 1960-70 pourraient être aujourd’hui publiés intégralement sans changer une virgule, c’est dire si la défense de l’exercice libéral a toujours été la ligne directrice de la Fédération durant toutes ces années, et que les principaux combats n’ont pas pris une ride. Ces combats, justement, ne sont pas, n’en déplaise aux préjugés en vigueur, l’apanage des femmes… le président Tisserand élu en 2007, bien que son élection ait pu être présentée comme une petite révolution, fut loin d’en être une ! Il nous faut rappeler que la première revue de la Fédération nationale des infirmiers et infirmières a été fondée sous la présidence d’un président, Monsieur Julien Celin.

Plus d’un demi-siècle après son lancement, le magazine a eu, comme l’a rappelé le président de la FNI, le mérite de ne jamais brader ses deux atouts les plus précieux, son indépendance et son impertinence. Ainsi, Avenir & Santé s’est toujours autorisé une liberté de ton, une liberté de parole avec parfois un ton assez irrévérencieux vis-à-vis des pouvoirs publics en place, en utilisant la parodie ou la dérision.

 

Et vous, auriez-vous trouvé ?
« Certains protestent contre la possibilité d’autoriser les aides-soignantes à donner des soins sous leurs propres responsabilités, c’est-à-dire le droit de faire des piqûres sans diplôme. Et, L’Académie convient qu’il n’y a pas assez de personnes pour soigner dans les campagnes et qu’il serait souhaitable d’autoriser la constitution d’un corps d’aides-soignantes auxquelles les médecins accorderaient le droit de pratiquer certaines piqûres intramusculaires ».

« Et vous infirmières de 2012, qui pourrait dire de quand approximativement date cet extrait et de qui en vient l’idée ? Qui, qui ?”

”Mr Houphouet-Boigny formulait ce rêve dès 1957 ; en 2011 la loi HPST a bien failli le réaliser !”