Opérations et actions « Coup de poing »

Sauvegarde du décret de compétences (juin 2008)

 

Sans les actions politiques de la FNI, le décret de compétences infirmière aurait aujourd’hui volé en éclats. En effet, lors des travaux portant sur la réingénierie du diplôme infirmier, le ministère de la Santé avait prévu de supprimer le décret de compétences pour favoriser la création de nouveaux métiers et ainsi répartir des activités jusque-là réservées aux infirmières à d’autres professionnels qui pourraient être formés beaucoup plus rapidement, moins qualifiés et donc beaucoup moins coûteux en terme de masse salariale.
Les raisons invoquées en 2008 par le ministère de la Santé pour faire éclater le décret de compétences ne sont en effet aucunement recevables. Ce décret constituerait un frein au développement de nouveaux rôles infirmiers. Pourtant, rien ne s’oppose à l’extension des missions des infirmières. Avait-on oublié que le décret entérine la clinique infirmière et qu’il permet même la consultation infirmière ? Quelles nouvelles missions sont rendues impossibles par le décret actuel ? Aucune. Si l’objectif du ministère de la Santé avait réellement été de confier de nouvelles missions aux infirmiers, rien n’empêchait de le faire dans l’état actuel du décret en Conseil d’Etat. Deux exemples récents sont là pour le prouver et il s’agit d’une part de la prescription des dispositifs médicaux et d’autre part de la vaccination antigrippale. Et demain une consultation infirmière de première ligne pourrait très bien être rajoutée aux missions des infirmières.

En revanche, cette volonté s’inscrivait dans un contexte à la fois de pénurie médicale et de chômage grimpant, le démantèlement du décret infirmier répondant à la préconisation de nombreux rapports visant à créer des métiers d’assistants de gérontologie (qui ne seraient autres que des auxiliaires de vie formées en 3 mois et autorisées à distribuer les médicaments en ambulatoire), des métiers de gestionnaire de cas complexes ou encore à accorder aux aides-soignantes le statut libéral. Le démantèlement du décret de compétences aurait ainsi permis de répondre à la grave pénurie d’infirmières dans le monde salarial et de créer des centaines de milliers de nouveaux emplois en transférant le rôle propre infirmier à des professions moins qualifiées.

La FNI a toujours refusé la déqualification des professions de santé en particulier des infirmières à l’heure où la tendance générale est à la réhausse des niveaux de formation initiale et continue dans tous les autres pays. Que serait-il resté de la profession d’infirmière à l’issue de ce démantèlement ? Il serait devenu aujourd’hui impossible de protéger les infirmiers de l’exercice illégal de la profession. Était-il raisonnable de segmenter encore davantage les soins de santé quand le besoin de prise en charge globale et de coordination fait l’objet d’un consensus général ? Les actes techniques réalisés par les infirmiers chez les patients ne sont-ils pas l’occasion de vérifier les constantes, d’exercer une vigilance sur la prescription, de prendre en compte l’état du malade, de faire appel à nos connaissances de pharmacologie… Ainsi, en période de canicule, il peut être nécessaire de diminuer la dose de diurétique prescrite pour éviter une déshydratation. Les infirmières sont formées pour détecter ces cas.

La FNI a su rallier contre le démantèlement du décret de compétences une quinzaine d’organisations syndicales unis dans un front commun : CFDT, CFTC, CNI, CONVERGENCE, FNI, FO, ONSIL, SNICS FSU, SNPI CGC, SUD, UNSA, UFMICT CGT. Une pétition « touche pas à mon décret » menée conjointement par la FNI et le SNPI (Syndicat national des professionnels infirmiers) et qui avait permis de recueillir 20 000 pétitions, était venu en appui de l’action politique qui a permis de préserver, pour l’instant, le décret de compétences infirmière. Sans cette action forte de la FNI, il aurait été enterré par la loi Hôpital, Patients, Santé, Territoires, ouvrant la voie à la déqualification de la profession d’infirmier.