HCSP : « Impliquer davantage les infirmières libérales dans la vaccination, oui si… »

Est-il pertinent d’impliquer davantage les infirmières dans la vaccination ? Entretien et réponses avec Daniel Floret1, professeur émérite de pédiatrie et président du Comité technique des vaccinations au sein du Haut Conseil de la santé publique (HCSP)

Avenir & Santé : Dans son avis relatif à la politique vaccinale (mars 2014), le Haut Conseil de la santé publique s’est prononcé en faveur d’une réorganisation de l’offre publique de vaccination sur la base notamment de la gratuité et de la maîtrise des coûts, rendant la vaccination plus accessible. Par accessibilité, peut-on entendre élargir le champ des vaccinateurs ?

Pr Daniel Floret : L’accessibilité, c’est bien sûr les lieux dans lesquels les personnes peuvent avoir accès à la vaccination, mais aussi les personnes susceptibles de la pratiquer. Une meilleure accessibilité peut également nécessiter une simplification du parcours vaccinal. Celle-ci peut se faire de différentes manières : permettre aux médecins d’avoir des vaccins dans leurs cabinets, ou aux personnes de se faire vacciner dans les officines de pharmacies.
D’autres professionnels de santé peuvent également intervenir. Les compétences des sages-femmes devraient être élargies afin qu’elles puissent intervenir, non plus seulement auprès du nouveau-né et de sa mère, mais aussi auprès de sa famille. C’est quelque chose que nous avions demandé de manière formelle dans un avis antérieur. Quant aux infirmières, je pense qu’il n’y aurait que des bénéfices à les voir plus impliquées dans la vaccination. Peut-être cela les motiverait à se faire personnellement vacciner et leur permettrait d’avoir une autre vision de la vaccination.

A&S : De quelle manière pensez-vous que les infirmières pourraient être davantage impliquées ?

DF : Elles le sont déjà puisqu’une infirmière peut pratiquer une vaccination prescrite et administrer, sans prescription, le vaccin antigrippal à des personnes déjà vaccinées. Mais je pense que la délégation de tâches au niveau des centres de vaccination devrait être améliorée. Une infirmière est parfaitement capable, si elle a été formée, de voir si une personne est à jour de ses vaccinations par rapport au calendrier vaccinal. Elle est capable de rechercher des antécédents et les maladies qui peuvent poser problème. Dans les cas simples qui représentent la majorité des cas, il n’y a pas de raison à ce qu’elle ne puisse pas également vacciner par délégation de tâches de la part du médecin responsable du centre de vaccination. Cela a commencé à se faire par le biais de protocoles entre agences régionales de santé (ARS) et Haute Autorité de santé (HAS). Cette procédure devrait pouvoir être simplifiée et généralisée. Dans beaucoup de pays, ce sont les infirmières qui vaccinent. Ainsi, en Finlande, pays d’Europe qui a la meilleure couverture vaccinale, les infirmières vaccinent les enfants en appliquant le calendrier vaccinal et ça marche bien.

A&S : Sachant que les principales carences, en France, concernent les rappels de vaccination auprès des adultes, c’est-à-dire les personnes de 20 à 60 ans, actives ou non actives, ne serait-il pas pertinent d’impliquer davantage les infirmières libérales dans la réalisation de ces rappels ?

DF : Si, j’en suis convaincu, mais il y a un prérequis qui concerne la formation. Dans les études d’infirmières, le contenu sur la vaccination est squelettique. Les infirmières ont des idées fausses et simplistes de la vaccination. Alors il y a un énorme chantier. Mais si, effectivement, il y a une formation adéquate, si les infirmières connaissent les vaccins, le calendrier vaccinal et qu’elles l’appliquent, si elles acceptent d’entrer dans une démarche de santé publique, je ne peux être que favorable à cela. Il faut revoir la manière dont elles sont formées et pour les plus anciennes, créer des ponts avec la formation continue. Aussi, il me semble que pour l’instant, la priorité des priorités est de faciliter les transferts de tâches dans les centres de vaccination.

A&S : Globalement, quelles sont, selon vous, les trois mesures à prendre de façon prioritaire pour améliorer la couverture vaccinale des Français ?

DF : Améliorer l’accès aux vaccins, donc la simplification du parcours vaccinal et l’élargissement des compétences des professionnels de santé. Mais il y a bien d’autres chantiers importants tels que régler le problème vaccin obligatoire/recommandé, ou encore le carnet de vaccination électronique.

A&S : Interpellée par la FNI au sujet de l’article 32 de la prochaine loi de santé, la ministre de la Santé a évoqué des travaux en cours au sein du HCSP concernant la liste des vaccins qui pourraient être administrés par les infirmières sans prescription. Que cela vous évoque-t-il ?

DF : Lorsque la Direction générale de la santé (DGS) nous a demandé d’évaluer son plan d’amélioration de la politique vaccinale, les infirmières ont été citées dans le chapitre sur l’élargissement aux autres professionnels de santé. Mais nous ne sommes pas pour l’instant allés plus loin. Sur un sujet tel que celui-ci, le Haut Conseil émettra un avis si la DGS nous saisit en nous demandant de préciser la liste des vaccins que pourraient réaliser les infirmières et dans quelles conditions. Cette saisine est peut-être en préparation mais, pour l’instant, nous n’avons pas reçu de nouvelle saisine concernant la vaccination par les infirmières depuis celle qui concernait la vaccination contre la grippe à laquelle nous avions répondu que nous étions d’accord.

A&S : Ce type de saisine vous paraîtrait-il justifié aujourd’hui ?
DF : Oui, je le pense, ça me paraît être un sujet important. Si la DGS nous saisit sur ce thème, nous y répondrons rapidement.

1 Le Pr Daniel Floret est professeur émérite de pédiatrie à l’université Claude Bernard de Lyon, chef de service honoraire de pédiatrie au CHU de Lyon et président du Comité technique des vaccinations (CTV) au sein du Haut Conseil de la santé publique (HCSP).

Propos recueillis par Nathalie Petit
Vaccination aux infirmières, la FNI déjoue la ruse de Marisol Touraine
La FNI s’est mobilisée en amont de la présentation du projet de loi santé sur les dispositions qui confient la vaccination aux pharmaciens et font l’impasse sur les infirmiers. La Fédération a saisi (voir article page 28) la ministre par un courrier qui a reçu réponse de cette dernière annonçant des travaux en cours au Haut Conseil de la santé publique (HCSP) dans la perspective d’une extension de la liste des vaccins autorisés par les infirmières de la vaccination. Mais vérification faite, et sauf erreur sur nos sources, l’annonce n’est en réalité qu’un écran de fumée destiné à anesthésier les représentants de la profession. En effet, à moins que la Direction générale de la santé (DGS) ait gardé sous le coude depuis le 26 décembre 2014, la saisine du HCSP, ou que celle-ci se soit malencontreusement égarée, de saisine il n’y a pas eu. À notre connaissance, le HCSP n’a engagé, à ce jour, aucun travail sur le sujet. La FNI qui n’a pas pour habitude de se laisser mener en bateau et la profession avec, espère que ces travaux seront réellement conduits et qu’une réflexion sera menée en y associant en amont les syndicats professionnels dont la FNI.