L’Ordre infirmier joue au bonneteau

Vous connaissez le jeu de bonneteau, ce jeu de dupes où il est proposé au péquin de la rue de retrouver entre deux cartes noires et quelques manipulations la dame de coeur ? On ne gagne jamais et c’est fait pour ça. Tu jurerais que tu sais où elle est. Et pof, c’est perdu, elle est ailleurs ; encore dix euros de flambés pour les parieurs. Et bien l’Ordre, c’est pareil. Des tours de passe-passe organisés à merveille, tout en séquences émotion.

As de pique : les élections

Encore un cocorico : « Les candidats ont été au rendez-vous pour ces élections interdépartementales partielles ». T’as qu’à croire. Hé l’Ordre, tes 17,28 % (quel score !), tu les as calculés comment ? Comme la dernière fois ? Ah, le coup de l’interdépartemental, après l’organisation d’élections inversées, d’abord le national et les départements après, c’était bien joué. En avril, sur 99 départements seuls 36 ont fait le plein pour pouvoir fonctionner. Mais ni vu ni connu, j’t’embrouille, ce ne sont pas les 63 départements qui n’avaient pas atteint le quorum qui ont été appelés à revoter le 30 novembre, enfin pas que… l’Ordre national des infirmiers (Oni) a accolé les départements qui ne l’avaient pas atteint à ceux qui étaient suffisamment pourvus. Exemple avec le département de la Vendée. Résultat des élections d’avril : 4 élus au lieu de 7 nécessaires. Élections du 30 octobre, le département de la Vendée est rattaché à la Loire-Atlantique qui pour le coup avait atteint son quorum en avril avec 9 élus. C’est sûr maintenant les Vendéens ont leur compte d’élus : ceux de Loire-Atlantique à tout le moins. Joli tour de passe-passe qui a permis au passage à la présidente du Sniil de s’éclipser en douceur. Non mais c’est vrai quoi, on a le sens de ses intérêts ou pas ! C’est sûr, y’a un truc pour boucher les trous du tapis de jeu de l’Oni. Et que je te prends ce qui va pas bien et que je le mélange comme ça je noie le poison… pardon le poisson. Sur la question du maillage, là je veux bien parier… Encore faudrait-il connaître la provenance des candidats. Même sur les marchés, les vendeurs sont tenus d’afficher celle de leurs produits. Remarquez, c’est du pro parce que c’est du découpage digne d’un état-major. Lieutenants et capitaines ont été servis. Allez savoir précisément comment les cartes ont été distribuées et quels jetons les Idels appelés à voter ont réellement misés ? C’est mission impossible. Allez sur le site de l’Ordre, il y a une belle carte interdépartementale qui rend si difficile la vision globale qu’on ne peut rien voir de près. C’est fait pour. À l’heure où nous bouclons, Avenir & Santé attend toujours les compléments d’informations demandés. Notons tout de même qu’officiellement en avril, l’Ordre dénombrait « 134 482 infirmiers appelés à voter » pour 150 206 inscrits au 31 mars 2014. Et qu’il affichait aux élections d’avril un taux de participation proche des 20 %. Qui en réalité rapporté à la population infirmière frisait difficilement les 6 %. Aujourd’hui l’Ordre parti à la pêche à l’adhésion, admet 160 000 adhérents. Certes ils ne sont pas répartis de façon homogène. Il n’est donc pas impossible que les (combien déjà ?) départements appelés à revoter présentent des creux démographiques ou d’adhésions. M’enfin quand même, ils ont pas fondu les électeurs qui ont fait passer le taux de participation à 17,28% ! Le principal succès de l’Oni, c’est finalement de faire croire à la transparence alors que ses chiffres sont opaques et ses données sources inaccessibles. L’Ordre a un grand atout, sa capacité à communiquer.

As de coeur : la communication

Un mot : pro. Les vessies pour des lanternes, ça y va. Les documents de communication foisonnent, Et des beaux en plus. C’est du sor ti d’agence de com, c’est pas du Word de chez Madame Michu (sauf votre respect Madame). De l’argent bien investi pour habiller la façade et faire bien dans le décor. On investit surtout dans l’émotionnel. Exemple au hasard : la sécurité, un point sensible qui parle à tous. L’Ordre s’est ému, il a même tenu salon sur ce sujet à la porte de Versailles. Mais l’Ordre a-t-il agi ? On a dû passer à côté. Donc pour la forme pas de problème, c’est du 20/20. Mais sur le fond ? Quelles nouveautés dans le domaine technique et des pratiques professionnelles ? Rien. Toutefois, économiquement cette stratégie du paraître se défend. Ça donne de la crédibilité à la boutique et si ça peut aider à faire tourner les affaires ce serait bien, et puis ça fait bosser les agences et les imprimeurs. Il y a tellement de monde au chômage dans ces professions. Plaie d’argent n’est pas mortelle, quoi que…

As de trèfle : les cotisations

L’Ordre répondra-t-il à notre demande d’information sur sa campagne de recouvrement de cotisations ? Nous publierons ce qui sera à publier. En attendant on est en droit de s’in- terroger sur qui est la cible de ce phoning et de ces courriers. Principalement les libéraux ou l’ensemble infirmiers en retard de cotisations ? Il est vrai que 75 € pour un libéral, c’est plus intéressant à récupérer que 30 € pour un salarié. Le rendement est forcément meilleur et la pression plus productive. Est-il déraisonnable de penser que les salariés sont effectivement protégés par le rempart des grandes centrales syndicales ? Celles-ci ont clairement fait entendre au ministère qu’il n’était pas question de défriser un cheveu des salariés de la fonction publique pour une question d’Ordre. Et la ministre ne veut pas le bazar à l’hôpital. Alors gaffe.

As de carreau : les Idels au tapis

Les libéraux financent l’Ordre, mais quel est leur poids à l’intérieur de l’Ordre ? Ils y sont représentés de façon minoritaire. Cherchez l’erreur… La FNI a saisi la ministre sur ces questions et notamment sur l’éventualité d’un Ordre obligatoire pour les seuls libéraux. La FNI a été reçue mais n’a pas eu de réponse claire si ce n’est l’aveu qu’une réf lexion embarrassée était en cours. Qu’en sera-t-il demain alors que la réglementation a donné le pouvoir à l’Ordre de sanctionner en 2015 les infirmiers qui n’ont pas rempli leur obligation de formation de développement professionnel ? L’Ordre osera-t-il, comme il en a le droit, suspendre l’infirmier libéral réfractaire à la formation pour insuffisance professionnelle ? Ironie du sort, le projet de loi va réformer le DPC mais des dispositions réglementaires ont d’ores et déjà été prises pour limiter l’accès au DPC et donc les dépenses. Demain l’Idel pourrait bien avoir à payer pour répondre à son obligation de formation tandis qu’il pourrait continuer à payer ses cotisations à un Ordre qui décidément l’oblige au-delà du raisonnable.
menacés par l’Ordre
Vous avez reçu un courrier ou un appel de l’Oni pour défaut de cotisation ? Dormez tranquilles… Les courriers en lettre simple peuvent être considérés comme lettre morte. Attendez de recevoir un recommandé avec accusé de réception avant de stresser et informez votre syndicat en temps et en heure. Si on vous promet une sanction imminente, ne le croyez pas nécessairement, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. De nombreux témoignages rapportent des coups de fils « menaçants ». La forme en a ému plus d’un. En substance, il s’agissait de prévenir que si la cotisation n’arrivait pas rapide, ça risquait de barder. Avenir & Santé a contacté l’Ordre via son attaché de presse pour comprendre. En attente de renseignements complémentaires qui ne sont pas arrivés, il nous a été assuré qu’il ne s’agissait que de contacts à visée pédagogique. Quant aux lettres de mise en demeure en courrier simple qui paraît-il commencent à arriver, faites pareil.

Les Idels se sentent menacés par l’Ordre
Vous avez reçu un courrier ou un appel de l’Oni pour défaut de cotisation ? Dormez tranquilles… Les courriers en lettre simple peuvent être considérés comme lettre morte. Attendez de recevoir un recommandé avec accusé de réception avant de stresser et informez votre syndicat en temps et en heure. Si on vous promet une sanction imminente, ne le croyez pas nécessairement, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. De nombreux témoignages rapportent des coups de fils « menaçants ». La forme en a ému plus d’un. En substance, il s’agissait de prévenir que si la cotisation n’arrivait pas rapide, ça risquait de barder. Avenir & Santé a contacté l’Ordre via son attaché de presse pour comprendre. En attente de renseignements complémentaires qui ne sont pas arrivés, il nous a été assuré qu’il ne s’agissait que de contacts à visée pédagogique. Quant aux lettres de mise en demeure en courrier simple qui paraît-il commencent à arriver, faites pareil.

Par Isabelle Eudes