Où en sont les relations entre Idels et laboratoires de biologie ?

Globalement, les relations des infirmiers libéraux avec leurs laboratoires de biologie sont bonnes à très bonnes. Toutefois, des points de tension émergent et pourraient être levés en grande partie par un dialogue constructif. Enquête.

La réforme de la biologie médicale, qui modifie le paysage de façon structurelle, a un impact sur l’organisation du travail quotidien des infirmiers libéraux, notamment dans le contrôle et le respect des horaires ou encore les déplacements supplémentaires. Cet impact était prévisible. Il est constaté, observé sur le terrain, mais il est désormais objectivé par les résultats d’une enquête réalisée entre le 10 novembre 2014 et le 28 février 2015 par le Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM)*. Cette étude menée auprès de 1279 infirmiers libéraux a permis de recueillir à la fois des données quantitatives représentatives, mais aussi d’analyser les difficultés, besoins et attentes des infirmiers grâce au recueil de la parole libre. Pas moins de 8 400 commentaires ont été exprimés et recoupés. L’ensemble des résultats permet de dégager des pistes intéressantes pour consolider et améliorer cette collaboration entre Idels et laboratoires de biologie médicale (LBM), répondant ainsi au but imparti à cette étude.

Coopération avec un laboratoire unique

Les infirmiers restent plutôt positifs à très positifs quand il s’agit de décrire leurs relations avec les LBM. Ils considèrent à 64% qu’ils travaillent dans un climat confraternel de coopération et les trois quarts des Idels jugent leurs relations avec les LBM bonnes à excellentes. Ils sont également 75% à estimer que les LBM apportent des réponses pertinentes à leurs demandes de précisions ou de renseignements. Il y a eu visiblement un gros effort de la part des laboratoires pour mettre à la disposition des Idels des outils afin de faciliter leur travail quotidien. 82% d’entre eux attestent avoir reçu ou pouvoir consulter un manuel de prélèvement (papier ou dématérialisé, parfois même sur des applications smartphone). Et 85% déclarent recevoir du matériel (boîtes Dasri, tubes, aiguilles, glacières, étiquettes patients). Toutefois, ces résultats en apparence excellents, méritent d’être modérés, les infirmiers les plus actifs en matière de prélèvement avec les LBM ayant les appréciations les plus critiques.
Ainsi, pour entrer dans une analyse plus fine, il convient de tempérer un peu le bilan. Il ressort de cette enquête un niveau globalement satisfaisant de coopération entre les deux acteurs qui se dégrade toutefois de façon tendancielle avec la concentration des LBM. Aujourd’hui, la plupart des infirmiers libéraux collaborent le plus souvent avec un seul ou parfois deux LBM. La réforme de la biologie médicale a conduit ces cinq dernières années à une importante concentration du secteur avec nombre de rachats et de fusions. Cette concentration, qui se traduit par le regroupement autour de plateaux techniques capables de traiter de 1 000 jusqu’à 10 000 dossiers par jour pour les plus importants, s’est donc accélérée. Elle devrait se poursuivre jusqu’en 2017, pour atteindre le seuil de 800 plateaux techniques, estime le cabinet de conseil KPMG, si bien qu’en dehors des grandes métropoles, la coopération avec un laboratoire unique devient presque incontournable pour les infirmiers libéraux. Et cela conduit inévitablement à la mise en place de situations de monopoles locaux.

La concentration se répercute sur les Idels

Le fait de ne plus pouvoir faire jouer la concurrence place les infirmiers, comme les patients, en position de devoir subir les contraintes imposées par le LBM, du moins est-ce ressenti comme tel par les infirmiers. En outre, ces contraintes se sont fortement accentuées du fait de l’accréditation obligatoire qui oblige les LBM à respecter des procédures qualité de plus en plus strictes, auxquelles doivent se soumettre les Idels.
Concrètement, les infirmiers doivent faire plus de déplacements, consacrer plus de temps aux tâches administratives des procédures préanalytiques, en même temps qu’ils déplorent un allongement du délai de rendu des résultats, ainsi qu’une difficulté d’accès aux résultats de leurs patients (INR notamment).
Parmi les difficultés les plus fréquemment rencontrées, figurent le respect des délais préanalytiques, les dépôts obligatoires des prélèvements avant des horaires fixes, la multiplication des déplacements non rémunérés pour rapporter les prélèvements, la lourdeur des fiches de renseignements cliniques….

Cette enquête a mis en évidence un impact significatif tant organisationnel que financier d’autant plus important que l’activité de prélèvement est elle-même conséquente, ce à quoi le SJBM fait un certain nombre de propositions (voir encadré). « Cette question économique doit être d’autant prise au sérieux que l’activité de prélèvement à domicile va exploser dans les prochaines années », estime Thomas Vallotton, porte-parole du SJBM et coordinateur de l’enquête. « Pour l’instant, beaucoup de laboratoires ont fusionné ou ont été racheté, mais les sites ont relativement perduré. Dans les années à venir, de nombreux sites de proximité vont fermer, certains patients ne seront plus en mesure de se déplacer et il faut anticiper une augmentation de l’activité des prélèvements à domicile. Une réévaluation de la nomenclature sur le prélèvement à domicile nous paraît pertinente. Il nous semble en effet que c’est à l’État, à qui incombe la responsabilité de cette réforme, d’apporter des solutions à la situation qu’il a créée. »

Un besoin de dialogue constructif

Au-delà de la réorganisation des pratiques, ce que les infirmiers libéraux ont exprimé dans leurs réactions et commentaires, c’est essentiellement un manque de concertation et de dialogue avec les LBM, mais aussi de reconnaissance. Visiblement, il y a un besoin évident de consultation et de communication. « J’ai été très étonné que presque 2/3 des laboratoires n’aient pas évalué la satisfaction de leurs infirmiers », souligne Thomas Vallotton. Ainsi, l’un des principaux, sinon l’essentiel des enseignements de cette enquête est la nécessité d’une communication qui s’appuie également sur un besoin de reconnaissance. Les infirmiers sont plus enclins à accepter des normes supplémentaires s’ils en connaissent l’utilité, la nécessité et s’ils sont considérés comme de véritables partenaires. A minima, une réunion annuelle d’information devrait être l’occasion d’une présentation des principaux changements mais aussi d’un dialogue ouvert à la fois sur les points de satisfaction et sur les non-conformités. En conclusion, il y a un besoin évident de dialogue constructif et une grande marge de progression à ce niveau, une conclusion que partage le SJBM. « La discussion confraternelle est un axe majeur d’amélioration des pratiques qui semble avoir été à tort légèrement négligée ces dernières années (peut-être en lien avec les contraintes normatives reposant sur les LBM). »
* Enquête nationale du Syndicat des jeunes biologistes médicaux relative à la coopération infirmiers libéraux/Laboratoires de biologie médicale. Réalisée du 10 novembre 2014 au 28 février 2015 par l’envoi d’un formulaire électronique pour 1279 réponses exploitées.
Propositions du SJBM pour répondre à la problématique économique du prélèvement à domicile :
1) La multiplication des « lieux de dépôts » (cabinets IDE et pharmacies notamment) pour les infirmiers, avec des tournées de « ramassage » régulières des coursiers des laboratoires, dans les situations qui le nécessitent (contraintes géographiques…).
2) Promouvoir la création d’une cotation d’acheminement au laboratoire, qui pourrait donc être cotée soit par le laboratoire (tournées des coursiers sur les points de collecte), soit par les Idels (s’ils ramènent directement les prélèvements au laboratoire). Une évolution des nomenclatures concernées est donc souhaitable.
3) Sensibilisation accrue du corps médical pour réserver les « prélèvements à domicile » aux patients le nécessitant réellement.

Par Nathalie Petit