Seule contre tous

« Ta loi, MST, les Idels la jettent à la poubelle », « Ta loi santé, MST, faut la virer », « MST : Médecine Soviétique Totalitaire »… le projet de MariSol Touraine (MST) fait l’unanimité contre lui et a inspiré les manifestants. C’était la plus grosse manifestation de professionnels de santé depuis 1991. 40 000 personnes sur le pavé parisien : un succès pour le Mouvement de la Santé pour Tous dont la FNI est à l’origine ! Seule contre tous, la ministre ne se départit ni de sa feuille de route ni de sa morgue : elle n’a pas daigné recevoir d’autres professionnels de santé que les médecins à l’issue de la manifestation. Pour elle, subordination et obéissance feront les équipes de proximité et la coordination. Elle se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! Et la FNI s’opposera toujours à cette « philosophie » de technocrate atteint de dogmatite aiguë.

Le 23 février, le Sniil a rejoint sur le tard les autres syndicats infirmiers en séance sur le projet de loi santé avec les conseillers de la ministre. Rendu à la vie civile, le Sniil s’en est allé de ses effets de manche, communiquant sur sa force d’Hercule, dénonçant « le peu de reconnaissance de la profession » et exprimant « son inquiétude vis-à-vis de quatre articles ». Sa force supérieure lui a dicté de ne pas se mélanger « au Mouvement Pour la Santé de Tous, rassemblement hétéroclite d’organisations ». La force et l’esprit. Le Sniil n’a pas manifesté le 15 mars pour demander le retrait du projet de loi Touraine « préférant travailler à sa modification, (se réservant) toutefois le droit de mener toute action nécessaire ». Attendons de voir le travail et l’action du Sniil.

Le tout n’est pas de clamer qu’on détient le monopole de l’esprit de progrès mais de comprendre dans un principe énoncé les conséquences pernicieuses de sa possible mise en pratique et surtout d’agir. Agir, c’est la ligne de conduite de la FNI. Pour preuve encore, notre dossier de ce mois sur les accidents d’exposition au sang (AES) et les solutions auxquelles la Fédération a travaillé. Un partenariat révolutionnaire avec la FHF qui va permettre aux Idels victimes d’un AES d’être prises en charge en priorité.

Mme Touba vibre pour l’interpro. Mais qui est contre ? Elle prétend que le Sniil a été « le seul syndicat infirmier libéral à œuvrer lors des négociations interprofessionnelles ». En siégeant aux côtés des partisans des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) ? La belle affaire. Le résultat ? L’étude ORS Pays de la Loire souligne des effets pernicieux des MSP en tous points conformes à ce qu’avait prédit la FNI. Mais qui s’insurge ? Celle-là même qui, présidente de l’URPS infirmiers Pays de la Loire, a mis tout son zèle à promouvoir les MSP et le projet Asalée : Mme Touba.

Peu avare de grands mots ni de « petites » contradictions, elle se courrouce à présent contre le sort de l’infirmière « transformée, sans qu’on ne lui ait rien demandé, en tâcheronne corvéable à merci (…) son travail imposé par les médecins via des « délégations de tâches ». Parmi elles : la « surveillance de la tension artérielle », « l’éducation thérapeutique du patient diabétique ou asthmatique » (… ) le temps gagné par les médecins permettra, pour 40% d’entre eux, de profiter davantage de leur vie privée ».

Mme Touba vibre pour l’interpro et tance ceux « qui ont voté contre ces accords », « conservateurs incapables de décider de leur propre avenir ». La très visionnaire Mme Touba oublie juste qu’elle non plus n’a pas voté pour les accords interprofessionnels ! Elle avait donné procuration pour un vote d’abstention au bon Dr Leicher, (MG France), chantre de la subordination des infirmières. Celui-là même prédit que « 2015 sera l’année des soins primaires en équipe pluri-professionnelle organisée autour du médecin généraliste traitant ».

Le Sniil sert de caution aux tenants de la subordination de tout poil. Il est avec eux mais seul contre tous.

Philippe Tisserand,

président fédéral