« Comment se faire jeter comme un Kleenex par l‘HAD »

Coup de gueule d’une infirmière libérale du Vaucluse en colère. Elle témoigne de la façon dont sa patiente a été prise en charge par l’HAD contre sa volonté au moment même où celle-ci requiert une prise en charge beaucoup plus légère.

Entre coup de gueule et coup de blues : Aude sort de ses gonds et raconte, parce que trop, c’est trop !

« Début février, je débute la prise en charge lourde de ma patiente Mme G., sortant d’un service de néphrologie après une insuffisance rénale, suite à une antibiothérapie lourde consécutive à une infection péritonéale avec iléostomie et colostomie sur un terrain diabétique …

La prise en charge infirmière est complexe avec une alimentation parentérale 24h/24, soins de stomie (iléo. et colo), 2 pansements de laparostomie avec méchage, surveillance glycémique  et insulinothérapie.

A cela s’ajoute en plus la prise charge globale matin et soir de la personne pour les soins d’hygiène tout en permettant à Mme G. le retour à l’autonomie pour ses soins de confort.

A domicile, nous coordonnons avec le médecin traitant (je me rends disponible et je suis présente a chacune de ses visites) et le prestataire de santé. Ensemble, nous constituons une véritable équipe de soins de proximité autour de Mme G. et son état de santé s’améliore malgré un parcours de soins long et compliqué.

Un mois et demi après la sortie, la date est fixée pour le rétablissement de continuité au niveau de l’iléo. Mme G. repart sereine pour son intervention et compte sur nous plutôt rassurée pour son retour à domicile.

Deux jours après la chirurgie, je prends de ses nouvelles, tout est satisfaisant, ma patiente m’annonce être de retour dans 10 jours. Son état s’améliore, à son retour le niveau de soins à pratiquer sera nettement allégé : une alimentation parentérale /12h, 1 seul soin de stomie, 1 pansement de propreté et un suivi diabétique.

Son cas est clairement passé d’une situation COMPLEXE à une situation SIMPLE. La patiente est ravie et nous le sommes tout autant pour elle.

Jusque-là, tout va bien. Mais c’est après que tout se gâte alors qu’il ne restait plus qu’à l’accompagner vers plus de confort et d’autonomie. Sauf que, envers et contre tout, qu’apprenons-nous ? Que sa sortie est reportée de dix jours. Sur le coup, je m’inquiète et vais aux nouvelles, son état se serait-il aggravé ? Y aurait-il quelques complications ? Pas du tout, rien de tout cela. Mais l’avis de ma patiente, on en a eu que faire. L’hôpital ne lui a pas laissé le choix que de sortir en HAD, c’est ça ou elle signe une décharge. Sous la pression, la patiente accepte et l’HAD va donc la récupérer maintenant que la prise en charge requise est beaucoup plus light… Est-ce donc cela la logique de l’HAD ? Récupérer la patiente lorsque la complexité a déjà été gérée ? Et qui plus est, il leur faut dix jours pour s’organiser, donc résultat des courses, Mme G va rester hospitalisée pendant dix jours de plus, et ça non plus, ça n’a pas d’incidence sur les dépenses de santé.

Qu’on nous dise que l’HAD permette de raccourcir les hospitalisations : DANS LES FAITS, la durée d’hospitalisation est multipliée par deux pour des raisons administratives.

Et l’HAD qui se targue bien de ne prendre en charge que des cas complexes : LA PREUVE QUE NON, business is business, une prise en charge plus légère, c’est plus de rentabilité pour l’HAD.

Et bien moi, je suis REVOLTÉE par ce système de TOUT STRUCTURE qui méprise le patient et ses attentes

Ce qui va se produire, c’est la mort de l’ambulatoire et le plus triste c’est que, quand les dépenses se seront envolées et que les IDEL seront partis, il sera trop tard pour regretter le moment où nous étions là, tous les jours, au meilleur coût.”