Les vicissitudes d’une IDEL qui se retire d’une MSP

On peut s’engager dans une maison de santé pour de bonnes raisons, évidemment. Mais toutes les raisons de déprimer peuvent arriver quand on est aux dernières démarches avant l’ouverture. Témoignage authentique d’une IDEL qui perçoit avant son ouverture les difficultés de faire partie d’une MSP et préfère se retirer.

« Je me suis engagée dans l’intégration d’une MSP, il y a 2 ans. Je me suis trouvée confrontée à des difficultés quand les choses sont devenues plus concrètes. J’ai pris conscience que je faisais partie d’une Sisa (Société interprofessionnelle de soins ambulatoires) et que je n’étais plus toute seule, pour décider du fonctionnement de mon cabinet.

Toute  société comme la Sisa  a un bureau, avec président, secrétaire, trésorier, et il faut une direction tellement c’est compliqué à mettre en place une MSP. A tel point que c’est impossible à faire sans être à temps plein bénévole sur le projet. La direction de ce projet nous incite fortement à créer une SCM (Société civile de moyens). Ce que je reporte, procrastine, je ne sais quel mot utiliser, car je ne sais pas si c’est aussi utile que cela… Un compte commun peut suffire non? La SCM est une structure juridique lourde pour un simple cabinet IDEL ? Que cherche la MSP en nous faisant une telle demande ? Ça coûte cher en plus ? J’ai senti cette demande comme une exigence difficile à supporter.

Nous sommes 4 à travailler ensemble selon un planning et un fonctionnement qui nous convient. Lorsqu’il a fallu décider des numéros de tél (1 ou 2 numéros pour le  cabinet ?) ou comment continuer la collaboration, moi et mes collègues, nous nous sommes rendues compte que nous n’étions pas d’accord. Nos tensions d’organisation internes au cabinet ont pris des proportions dès qu’elles ont été  face aux exigences de la MSP (qui prend tel cabinet, qui ouvre le matin, ferme le soir, quelles inscriptions sur les plaques, répartition et paiement des charges…). Cette exigence se comprend. Il faut bien s’organiser et financer le projet. Nous sommes plusieurs professionnels au sein de la MSP et chacun doit s’y retrouver. Mais cette exigence m’est devenue associés par lettres recommandé avec avis de réception… L’aide du syndicat FNI me sera précieuse pour m’aider dans les démarches et soutenir ma résistance car franchement je sens que ça ne va pas être facile.

Il me semble évident que les MSP sont avant tout des outils au service de la profession médicale pour les aider à se regrouper (ce que nous les IDE avons su faire depuis de longues années) et à valoriser la profession difficilement supportable. Je devais apprendre à me défendre et je ne m’en suis pas sentie capable. J’ai eu l’impression d’être confrontée à des problèmes de non affirmation de moi, et à des difficultés à gérer les conflits. J’ai senti que j’avais la tête dans le guidon telle une bonne IDEL à croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, et j’ai senti aussi que je n’étais  pas une femme d’affaires. Je me suis rendue compte tardivement de tous les frais que le fonctionnement de la MSP nous aurait coûté.

Nous devons utiliser un logiciel d’information partagée au sein de la MSP. Ça a été une catastrophe pendant la période d’essai concernant la partie gestion et facturation du cabinet IDEL. Nous avons abandonné au bout de quelques mois d’essai : nos comptes bancaire étaient au bord du gouffre pour impayés cause d’erreur et actuellement nous sommes toujours en déroute pour rattraper le retard. Nous avons connu des problèmes de double facturation à la reprise de nos données au démarrage et nous avons connu les mêmes problèmes de double facturation à la reprise de notre ancien logiciel. La MSP nous a conseillé d’utiliser pour la gestion notre logiciel pro habituel et d’utiliser le nouveau logiciel uniquement pour l’information partagée. Résultat, il faudra envisager un double travail de saisie pour nous !

J’ai comme le sentiment de vouloir faire marche arrière, de vouloir renoncer. Je me demande dans quelle lourdeur administrative je me suis engagée. J’ai comme  peur… je cherche en moi ce qui m’a fait me lancer dans cette aventure… la peur de la concurrence ? L’envie de progresser dans le travail ? La tentation de travailler plus en relation avec les autres professions? D’arrêter de ruminer seule dans ma voiture? 

Je me rends compte que je ne suis pas faite pour prendre de grande décision sur des grands projets, que je fonctionne au feeling, que je m’adapte chaque jour, j’avance à petit pas, et je me retourne pour voir le travail fait et en être satisfaite, ou pas toujours d’ailleurs. Je ne sais pas si je saurai suivre un projet collectif qui ne correspond pas à mes besoins du moment, ou que ma tournée ou les patients du moment ne sont pas concernés par le travail collectif que nous déciderons de faire… 

Je me rends bien compte que ce sera toujours mes honoraires qui me feront vivre…  Tout ce qui est dit dans le projet de soins ne correspond à aucun AMI ou même AIS… et que le fonctionnement de la MSP va nous demander un investissement dont je pense que je n’ai pas les moyens de donner en temps,  en énergie, en valeur même peut-être, car mes valeurs ne sont pas à passer mon temps à brasser de grands dossiers plein de mots alignés, mais d’être au cœur de l’action et sur le terrain. 

Un  point essentiel et positif de mon vécu dans la mise en place de la MSP a été les temps de réunions multi professionnelle. On ne se rencontre pas assez entre professionnels. Il y a eu aussi l’animation en multi professionnelles d’ateliers proposés en ETP diabète. Nous avons eu nos règlements dans le cadre du règlement arbitral. Chacun le même montant, quelle que soit la profession. 

Aujourd’hui, après ce bilan et d’après mon ressenti, j’ai annoncé que je renonçais au projet. Et là encore, l’engagement dans la Sisa n’est pas rien ! J’ai lu dans les statuts que la demande de retrait doit être notifiée à la société et à chacun des membres  du médecin généraliste, en lien avec les paramédicaux, mais sans forcément exercer dans le même lieu. »