Madame la Ministre, quand allez-vous respecter les infirmières libérales ?

Depuis quelques mois, il ne se passe pas une semaine sans que la profession d’infirmière libérale soit attaquée de toutes parts : déploiement des HAD sans prendre en compte la présence des IDEL sur le terrain, nouvelles modalités de prise en charge des perfusions, vaccination en pharmacie… Voilà qu’aujourd’hui Marisol Touraine décide de réécrire à elle seule la Convention qui lie les infirmières aux Caisses en s’attaquant, pour commencer, aux indemnités kilométriques des consœurs de Savoie.

Stop : ça suffit !

Madame la Ministre, avez-vous décidé de rayer d’un seul trait les infirmières libérales de France ? Parce que c’est ce que nous avons tendance à le croire !

Sachez, Madame la Ministre, que la Fédération Nationale des Infirmiers considère que votre courrier constitue un coup de poignard inacceptable à la Convention qui lie les infirmières libérales aux Caisses de sécurité sociale.

Sachez, Madame la Ministre, que votre courrier s’affranchit de toute notion de relation de collaboration entre les IDEL et les Caisses.

Sachez, Madame la Ministre, que votre positionnement est proprement inacceptable, et que ses conséquences dépassent largement le cadre local de la Caisse de Savoie.
Sachez, Madame la Ministre, que les infirmières qui travaillent en secteur rural et en montagne sont les seules professionnelles de Santé qui se déplacent au tarif le plus bas pris en charge par la sécurité sociale (IFD 2,50 €, IHK 0,35€ et IHK 0,50 €).

Sachez, Madame la Ministre, que les infirmières libérales sont encore la seule profession de santé présente sur tout le territoire 7j/7, toute l’année dimanche et fériés, et qu’elle constitue une réelle chance dans le premier recours de soins que vous appelez de vos souhaits.

Sachez, Madame la Ministre, que la profession infirmière a été la première à s’engager dans une régulation démographique : c’est ce sens de la responsabilité que vous récompensez aujourd’hui par une demande supplémentaire inacceptable ?

Sachez, Madame la Ministre, que les infirmières pratiquent tous les jours des millions d’actes qui ne sont pas pris en charge, qu’elles ne comptent pas leurs heures pour soigner les citoyens : c’est cet effort que vous récompensez aujourd’hui ?

Sachez, Madame la Ministre, que dans un contexte de diminution radical des durées de séjour à l’hôpital, de fermeture de lits, de réduction du personnel, les dépenses liées aux déplacements des infirmières libérales au domicile des patients ne constituent pas une incohérence économique.

Sachez, Madame la Ministre, que la mise en place des mesures que vous proposez va conduire très rapidement à une sélection injuste des patients.

Sachez, Madame la Ministre, que le coût des déplacements des infirmières libérales n’a cessé d’augmenter depuis la dernière revalorisation (prix à la pompe, coûts d’entretien des véhicules, assurances, etc..) Bientôt, nous serons mis devant l’obligation de facturer directement aux malades les déplacements exigés par leur état de santé.

Sachez, Madame la Ministre, que ce sont d’abord les patients les plus fragiles et les plus pauvres qui seront les plus exposés.

Sachez, Madame la Ministre, que cela conduira à amplifier les déserts sanitaires : là où le revenu moyen par habitant est le moins élevé et où plus un seul médecin ne souhaite s’installer.

Sachez, Madame la Ministre, que les infirmières s’interrogent sur votre politique au moment où l’on parle de la nécessité d’un égal accès aux soins pour tous les citoyens, que nos ainés sont de plus en plus nombreux et souffrent de maladies chroniques et de cancers complexes.

Les Français, à juste titre, veulent être soignés et rester chez eux le plus longtemps possible.

Madame la Ministre, voulez-vous faire des économies sur le dos des patients et des infirmières ?

En conséquence, la Fédération Nationale des Infirmiers :
• Rejette intégralement votre proposition ;
• S’opposera à la mise en place d’un tel accord ;
• Saisira les instances régionales et nationales ;
• Alertera toutes les professions conventionnées susceptibles d’être impactées ;
• Alertera par tous les moyens à sa disposition les usagers et associations d’usagers ;
• Saisira au besoin les juridictions compétentes pour faire valoir les droits des infirmières libérales et des patients.