Pénurie de masques : « Je ne juge pas les autres, mais moi, j’ai tout bien fait » (sic)

Quatre anciens ministres de la Santé se sont succédés devant les membres de la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire provoquée par le Covid-19. Parmi les sujets abordés, évidemment, celui de la pénurie de masques. Et là, chacun s’est renvoyé la patate chaude. Morceaux choisis.

Leurs réponses, agrégées, ressemblent à une bien mauvaise pièce de boulevard. On pourrait en sourire si cela ne s’était pas soldé par les drames que l’on connaît, tant pour les professionnels de santé que pour les patients.

Marisol Touraine se serait « fâchée très très fort »

« Je me garderais bien de donner la moindre leçon », ce serait « trop facile, de l’extérieur », a déclaré en préambule Marisol Touraine, en poste de 2012 à 2017. Une déclaration d’intention confraternelle morte née. Car dès que la question du manque d’information sur le stock de masques, invoqué par Agnès Buzyn, a été abordée, la réponse a fusé : « Chaque ministre a son organisation et son fonctionnement. Si ça s’était passé avec moi, je me serais fâchée très très fort. » Et d’assurer avoir été partisane de « l’idée qu’il fallait des stocks importants » ni n’avoir jamais navigué à vue sur le sujet : « Les quantités de stocks remontaient au niveau de la direction générale de la santé une fois tous les trois mois, il y avait des commandes de renouvellement qui étaient passées tous les ans ».

Roselyne Bachelot, grande vainqueur au box-office

Grande vainqueur au box-office pour ses bons mots et ses scuds, Roselyne Bachelot qui a officié de 2007 à 2010, a d’abord fait mine d’être un tant soit peu solidaire : « Je me garderais bien de donner des leçons à mes successeurs et de juger leurs actions tant je connais la difficulté de leurs tâches. » Avant de lâcher les chevaux tellement c’était tentant : « Est-ce qu’être ministre, c’est être au courant de tout ? Oui. Si on n’est pas au courant de quelque chose, s’arranger pour le savoir, c’est-à-dire tancer son directeur de cabinet pour que les renseignements vous parviennent dans l’heure (…). Quand on est en charge de l’État et d’un ministère il faut tout connaître, bien sûr. (…) Je suis une tenante de la politique des masques. Ce n’est pas au moment où la pandémie se déclare qu’il faut constituer des stocks. »
La vengeance est un plat qui se mange froid : « Les procès dont j’ai fait l’objet, les moqueries, les mises en cause [ont été] d’une telle violence et d’une telle injustice que je peux comprendre les craintes suscitées chez certains de mes successeurs. On s’est dit qu’il y avait plus de risques à en faire trop qu’à en faire pas assez. C’est considérer que l’opinion publique doit faire la politique sanitaire du pays, ce qui n’est pas ma vision. » Avant de fermer le ban, les médecins « qui n’ont pas de masques dans leur cabinet, qui ne se constituent pas un stock », en ont aussi pris pour leur grade : « Mais enfin, on attend que le préfet ou le Directeur de l’ARS viennent avec une petite charrette porter des masques ? Mais qu’est-ce que c’est que ce pays infantilisé ? Il faut se prendre en main ! »

Xavier Bertrand au-dessus de la mêlée

Ministre de la Santé à deux reprises, de 2005 à 2007 puis de 2010 à 2012 avec, à chaque fois, une épidémie à gérer, celle de grippe aviaire puis de celle de grippe A (H1N1), Xavier Bertrand s’est placé d’emblée au-dessus de la mêlée : «Tout un système s’est fait bouffer la tête par une logique court-termiste et budgétaire. On voulait faire des économies budgétaires. (…) Il ne faut jamais infantiliser les citoyens en leur expliquant que les masques ne sont pas utiles ou qu’on ne saura pas les mettre. Il faut leur dire la vérité. C’est la pénurie qui a fixé la doctrine. (…) Si l’on a fait une erreur, il faut l’assumer. » A ses yeux, tout s’est gâté… après son départ : « Le moment où il est établi que c’est à chacun de payer ses masques, c’est en mai 2013. (…) A partir de cette date, vous avez un délitement de responsabilité et le ver est dans le fruit. »

Agnès Buzyn a tout bien fait

Agnès Buzyn en a-t-elle fait les frais ? En tout cas, promis juré, elle a tout bien fait avant de quitter le ministère pour briguer la Mairie de Paris : « Je mets en branle tout le système le 25 janvier alors que l’OMS a refusé de déclarer, le 22 et le 23, l’urgence de santé publique de portée internationale. En fonction, je n’ai à aucun moment sous-estimé le risque. J’ai tout vu, j’ai préparé. »
Avant de plaider l’ignorance : « Je ne sais pas quels ont été les contrôles réalisés auparavant, je n’en ai pas l’historique et je n’ai pas accès aux archives précédant ma mandature. Ce que je sais, c’est qu’une demande a été faite en 2017 de vérifier les stocks de masques, N.D.L.R.), que la réponse nous est parvenue dix-huit mois plus tard et que ô surprise, les stocks n’étaient pour beaucoup pas en état de fonctionner. Et je le rappelle, ce n’est malheureusement pas que les masques. » Agnès Buzyn qui a, par ailleurs, gaillardement affirmé que « cette gestion des stocks ne revient pas à un niveau de ministre ».

Pas sûr qu’Olivier Véran pense la même chose.