Une journée dans ma vie d’infirmière : Marie-Cécile Barthes

« Soit je suis excessivement fatiguée, soit je vieillis, soit les deux, soit peut-être est-il temps de confier aux IDEL la coordination des cas complexes ? Tout simplement mais trop simplement peut-être et pas assez cher ! »

Mon témoignage:

Petit focus dans ma patientèle sur  trois patientes âgées de 80 à 90 ans et sur les conditions dans lesquelles l’hôpital me les a « réexpédiées »

Mme A, plaie accidentelle sur la jambe survenue l’après-midi, 27 points de sutures aux urgences, retour à domicile…. après minuit ! Retour assuré par le petit-fils car plus d’ambulance, passé minuit, 2 étages à monter, mamie sur les épaules, points qui sautent, retour à la case départ le lendemain, retour à domicile l’après-midi.

Mme B, anémiée, sous EPO, et ayant nécessité 3 culots globulaires, retour à domicile à minuit aussi…

Mme C, sous Préviscan ®, elle consulte le remplaçant car elle s’inquiète d’avoir la  jambe rouge. Le médecin diminue le Préviscan ®, prescrit du Nifluril ®. La patiente parvient à avoir un rendez-vous avec l’angiologue. Elle est opérée en urgence pour caillot au pli de l’aine, retour à domicile dans la journée. Je la prends en charge pour injection anticoagulants et suites post-opératoires sans aucun élément de contexte. Résultat, 1/2 heure par passage pour reconstituer l’histoire, y voir plus clair,  trouver de vieux bas de contention du mari parce que, forcément, elle était trop fatiguée pour passer à la pharmacie avec sa fille, AMI1 = 3 euros 15.  J’explique la reprise progressive du Préviscan ® selon les indications précises de l’angiologue, les INR à prévoir, et je me sens presque coupable de la laisser toute seule chez elle… Je suis fatiguée aujourd’hui me dit-elle !

La cerise sur le gâteau lorsque l’HAD, champion de la coordination, s’en mêle

Une patiente de 37 ans présentant un carcinome péritonéal se bat contre son cancer depuis l’âge de 19 ans, avec quelques années de répit. Nous la prenons en charge depuis début juin : alimentation parentérale, antalgiques et sonde nasogastrique de décharge (surveillance non cotée).

On nous dira que l’HAD fait les œufs mieux que les poules, on nous refusera le payement de la majoration de coordination, on s’en remettra à l’observatoire de Madame Touba. En attendant, il n’empêche que nous aurons à faire face à :

1. Des grippers ® non fonctionnels qui nous contraignent à faire avec les nôtres. Le service hospitalier en a donné 3 et l’HAD explique à la patiente qu’il faudra qu’elle demande à l’hôpital de lui en fournir à nouveau lors de sa prochaine séance de chimio. C’est certainement ça la coordination « genre HAD » !

2. Une tubulure reliant l’alimentation à la rampe percée.

3. Une tubulure octopus ® percée.

4. Aujourd’hui, c’est un bouchon anti-retour qui prend l’air ! Lorsque j’ai purgé à partir de l’extrémité la plus extérieure pour bien rincer la rampe, l’eau stérile est ressortie par le bouchon. Bouchon qui n’a jamais vu l’ombre d’une aiguille, puisque nous vissons dessus seringues et tubulures….

5. Ah, oui, j’oubliais, nous avons eu beaucoup de souci pour passer l’alimentation depuis que l’HAD nous a livré les fameux octopus ®… Heureusement que nous avons un peu de jugeote : nous avons remis une rampe classique avec un diamètre plus important, depuis l’alimentation et le bionolyte ®  s’entendent à merveille et diffusent le plus tranquillement du monde.

6. Inutile de préciser que dans un tel contexte, la nuit tout le monde ne pouvait que s’affoler…et nous appeler à de multiples reprises.

Voilà, que dire de plus sinon que ce soir j’étais normalement en congé pour le weekend… mais Mme C est en occlusion depuis hier, l’hôpital n’a pas voulu l’admettre dans un service. Tension très basse à 13h, remontant légèrement à 15h30, surveillance tensionnelle hors nomenclature… j’y suis toujours !